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  • Madior Niang

La Ville de Dakar et le RACTES renforcent les capacités des élus locaux en ESS

Mis à jour : juin 29


Madame Soham El Wardini Maire de la Ville de Dakar a présidé le vendredi 04 juin une session de renforcement de capacités des conseillers municipaux et de l’Administration centrée autour du thème ‘’l’Economie sociale et solidaire ; pratiques et théorie dans la politique publique locale’’. Cette activité fait elle-même suite au lancement le 20 mai 2021 de la Candidature de la Ville de Dakar à l’organisation du Forum Mondial pour l’Economie Solidaire et Solidaire 2023, le Global Social Economy Forum 2023 en anglais (GSEF 2023) suivie quelques jours après, le 25 mai dernier par l’organisation par le Fonds de Développement et de Solidarité Municipal (FODEM) d’une cérémonie de remise de financements et d’attestations de formation dans les domaines de l’éducation financière, de l’ESS et de l’Entreprenariat féminin à des groupements et GIE de femmes des 19 communes d’arrondissements pour un montant total de 140 millions de FCFA.


L’initiative conjointe du RACTES et de la Ville de Dakar d’organiser ce séminaire a pour but d’informer, de sensibiliser et de mobiliser le Conseil municipal sur les questions d’enjeux et de promotion de l’économie sociale et solidaire dans la politique de la collectivité territoriale. Elle témoigne de l’engagement de la Ville de Dakar dans la promotion et le soutien au développement de l’économie sociale et solidaire et fait échos aux efforts entrepris par l’Etat pour mieux encadrer un secteur considéré aujourd’hui comme une alternative crédible à l’économie capitalistique pure et dure, beaucoup plus soucieuse du profit immédiat à engranger que de l’investissement dans la communauté et la prise en compte des considérations sociales et environnementales.


Pour Mme le Maire Soham El Wardini, ce séminaire de renforcement de capacités n’est que le prolongement des activités de soutien à l’ESS menées jusqu’ici par la Ville de Dakar à travers plusieurs leviers comme le FODEM, la Couveuse d’entreprise pour la promotion de l’emploi par la Micro entreprise (CEPEM), la Mutuelle d’Epargne et de crédit de la Municipalité (MECMU) et plusieurs autres programmes comme le Programme d’autonomisation des femmes et des jeunes de la Ville de Dakar déroulé avec beaucoup de professionnalisme par Mme Aminata Diop Samb la Directrice du FODEM remerciée au passage par Mme le Maire pour le travail remarquable qu’elle est en train d’accomplir à la tête du FODEM et sans distinction aucune de la coloration politique des bénéficiaires. Ce dit Programme a permis de former, d’encadrer et de financer 2993 bénéficiaires des 19 communes d’arrondissement de la Ville de Dakar entre février 2020 et mai 2021.



C’est ce leadership de la Ville de Dakar en matière de soutien à l’ESS qui lui a valu d’être choisie parmi les six villes du monde pressenties pour accueillir l’édition 2023 du Forum mondial de l’ESS comme l’a rappelé Mme le Maire dans son allocution d’ouverture du séminaire. C’est déjà une grande victoire de la Ville de Dakar pour Mme le Maire qui a saisi l’occasion pour appeler à la mobilisation de tous derrière la candidature de la Ville de Dakar à l’organisation du GSEF 2023 et pour qu’une fois cette candidature retenue, qu’il y ait une bonne préparation du Forum mondial afin que Dakar soit prête à accueillir les acteurs de l’ESS du monde en tant que candidate du continent africain.



De façon spécifique, il s’agissait de former les conseillers municipaux sur les pratiques et les politiques de l’ESS, d’échanger sur les orienta-tions stratégiques de développement et de promotion de l’ESS du gouvernement, de partager la stratégie d’élaboration du plan local de Développement de l’ESS de la ville de Dakar PLDESS-25.


Ainsi, derrière le thème générique de la session introduit lors de la première journée du séminaire par le Coordonnateur du RACTES M. Malick Diop par ailleurs point focal du GSEF en Afrique de l’Ouest, plusieurs sous-thèmes ont été au menu du séminaire. Il convient de distinguer des questions qui relèvent des politiques publiques d’ESS au niveau national, c'est-à-dire, gouvernemental, de celles qui touchent le niveau local et régional ; l’échelon territorial, même si l’objectif poursuivi reste le même ; arriver à avoir un système économique plus résilient, durable et inclusif.



Au niveau national, les participants ont eu l’opportunité de se familiariser notamment avec les orientations stratégiques de développement et de promotion de l’ESS du gouvernement du Sénégal et en particulier, la Loi cadre sur l’ESS et la Lettre de politique sectorielle de développe-ment de l’Economie sociale et solidaire qui sont toutes les deux porteuses de beaucoup d’innova-tions ; aussi bien pour les Collectivités territo-riales que pour les Organisations et Entreprises d’Economies Sociales et Solidaires (OESS).


Ces innovations portent autant sur le statut juridique des OEES avec l’introduction d’un nouveau statut, celui de ‘’ l’Association entrepre-nante et responsable’’ qui initie une activité d’innovation sociale d’intérêt général, que sur les mécanismes de soutien à ce secteur vital de l’économie sénégalaise ; sans oublier le rôle qui est dévolu aux collectivités territoriales dans ces documents de politiques publiques ainsi que les obligations auxquelles les Collectivités territo-riales sont soumises comme celle de se doter d’un Plan Local de Développement de l’ESS .


Au niveau local, les participants à la session de renforcement de capacités ont travaillé sur plusieurs questions essentielles relatives à la promotion et au développement de l’économie sociale et solidaire dans un contexte de crise multiforme ; à la fois démographique, économique, financière, sanitaire et climatique. Par exemple, quel est le rôle et la responsabilité des Collectivités territoriales dans la promotion et le développement de l’ESS ? Comment Intégrer l’ESS dans les politiques territoriales à travers l’élaboration et la mise en œuvre d’une stratégie locale de développement de l’ESS ? Quelles en sont les différentes étapes de construction de cette stratégie ? Comment les élus peuvent-ils amener les associations à fonctionner en tant qu’entreprises sociales et solidaires et comment les encourager à créer des structures d’économie sociales ; par exemple les amener à créer des foires économiques ? Que faut t-il faire pour accompagner et vendre la candidature de Dakar à l’organisation du GSEF 2023? Comment trouver des mécanismes d’accès des organisations et entreprises de l’ESS au crédit à moindre coût ? Quels mécanismes financiers innovants pour les OEES ? Comment aider les OEESS à accéder à la commande publique et au développement de capacités ? Quel lien faut-il établir entre l’ESS, l’Economie verte et l’économie circulaire pour arriver à une croissance économique endogène durable et inclusive ? Le séminaire permettra d’adresser toutes ces questions lors des deux jours journées.



Le premier jour des travaux a permis à Malick Diop le coordonnateur du RACTES qui introduisait le thème de la session de définir ce que c’est que l’ESS, de cerner ses contours, de revisiter ses principes fondateurs comme la proximité, la solidarité, la mutualisation des moyens et des ressources, et de spécifier les caractéristiques majeures des OEES qui différencient cette nouvelle économie de l’économie fondée uniquement sur le profit, notamment en termes de finalité qui doit être sociale et environnementale, de culture d’ESS, de gouvernance démocratique et participative. Cette introduction a aussi permis, de constater la diversité des acteurs, la diversité des secteurs d’activités et des statuts juridiques (coopératives, fondations, des entreprises commerciales à vocation sociale etc).

La première journée a surtout permis de d’apprécier le poids de l’ESS dans le tissu économique sénégalais qui concentre 23 % des entreprises recensées au Sénégal en 2017 par l’ANSD et occupe majoritairement les femmes et les jeunes ; et de remonter le temps pour retrouver les traces des premières formes organisées d’ESS comme les DAHIRA instituées vers les années 1920, mais également de cerner les fondements historiques ainsi que les valeurs et principes cardinaux qui sous-tendent l’ESS au Sénégal. Elle a enfin permis de mesurer le chemin parcouru aussi bien par les communautés, l’Etat du Sénégal, et singulièrement la Ville de Dakar et de s’arrêter sur un certain nombre de préoccupations notamment comment mettre en place au niveau de chaque collectivité territoriale un Plan Local de Développement de l’ESS. La deuxième journée est allée plus en détails sur ces préoccupations en s’appuyant sur le Plan Local de Développement de l’ESS de la Ville de Dakar en cours d’élaboration.


Aujourd’hui plus que jamais, l’ESS a prouvé qu’elle permet d’intégrer et de contenir les groupes exclus dans le processus économique, participant ainsi à la cohésion sociale, à l’inclusion territoriale et contribuant à la sécurité économique de toutes les tranches de la population et à leur autonomie. Afin de consolider son rôle dans la société, l’Economie Sociale et Solidaire a besoin d’être appuyée par une politique publique adéquate notamment au niveau des collectivités territoriales. Pour rappel, c’est pour permettre à ce secteur de jouer pleinement son rôle dans le cadre des politiques publiques, que le Réseau des Acteurs et des Collectivités Territoriales pour l’Economie Sociale et Solidaire au Sénégal (RACTES) a été mis en place avec comme objectif premier de promouvoir l’ESS dans les politiques économiques locales pour un système économique plus résilient, durable et inclusif. C’est dans ce cadre que s’inscrit l’organisation de ce séminaire thématique en partenariat avec la Ville de Dakar.


De quoi parle-t- on ?

L’Économie Sociale et Solidaire (ESS) est définie dans la Lettre de politique sectorielle de développement de l’Economie sociale et solidaire comme un ensemble d’activités économiques à finalités sociales et/ou environnementales réalisées par des entrepreneurs individuels ou portées par des groupes de personnes associées ». Elle s’inscrit dans un contexte national et international global favorable à son émergence. Ainsi, le secteur de l’ESS bénéficie au Sénégal de plusieurs opportunités favorables à son développement malgré le déficit d’encadrement auquel il est confronté. Aujourd’hui cela ne fait l’ombre d’aucun doute que l’ESS permet d’entreprendre autrement le développement territorial, et ce, de façon collective, inclusive et durable en offrant des opportunités économiques à des couches de populations qui en étaient exclues grâce notamment aux valeurs de solidarité, d’inclusion sociale et d’entraide profondément enracinées dans les traditions africaines en générale et sénégalaise en particulier. En effet l’ESS trouve en terre sénégalaise et africaine un ancrage très solide, des pratiques séculaires et des racines profondément enfouies. Le ‘’le Sénégal pays de la terranga’’ et des concepts comme ‘’Deureum ak Ngeureum’’, ou encore ‘’Diapal ma Diaap’’, betiek fouk sont encore vivaces dans la mémoire collective. C’est parce que l’économie sociale et solidaire a cette capacité à réconcilier rentabilité économique de l’entreprise et bénéfice social et environnemental en même temps ; ce qui la différencie fondamentalement de l’économie dite classique. Elle prône des modes de production et de consommation responsables et équitables et met en avant la finalité sociale et environnementale.



C’est une économie qui permet de donner un visage plus humain à la croissance économique, pour en faire une croissance endogène inclusive et durable centrée sur l’homme. Les entreprises de l’ESS (coopératives, mutuelles, Groupements d’Intérêt Économique GIÉ, associations), distinctes des sociétés à but lucratif, se singularisent par leur convivialité entre membres, le management de type démocratique, la solidarité, et la répartition des excédents à la hauteur de l’apport en valeur travail. Ainsi, elles placent les femmes et les hommes au centre du processus de création et de jouissance des richesses.


Au Sénégal, l’ESS bénéficie de conditions particulièrement favorables depuis quelques années avec à la clef : une place importante qui lui est accordée dans le PSE où elle est considérée comme un moteur d’inclusion sociale et économique et un moyen de diversification des sources de la croissance dont la formalisation graduelle doit aider à la et de modernisation de l’économie. C’est pourquoi un Ministère dédié a été créé depuis 2017. Une Loi cadre sur l’ESS qui vient d’être adoptée le vendredi 04 Juin à l’Assemblée nationale, et une Lettre de politique sectorielle est en cours de validation.



Au niveau décentralisé, la mise en place du RACTES, et l’expérience inspirante de la Ville de Dakar en matière de soutien à l’ESS à travers un faisceau de Programmes et d’instruments mis en place de 1990 à aujourd’hui lui ont valu d’être choisie parmi les six villes du monde dont l’expérience a été étudiée par l’Institut de recherche des Nations unies en charge du développement social (UNRISD) pour servir de modèle aux autres Villes du monde et documenter la définition de lignes directrices en matière de conception et d’élaboration de politiques publiques de promotion et de développement de l’ESS au niveau national comme au niveau régional et local.

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